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Stockage de céréales : les insectes du silo ne viennent pas du champ

Les insectes du stockage se sont acclimatés au silo. Plusieurs études montrent que dans les conditions climatiques françaises, ils ne peuvent pas survivre dans les parcelles. La prolifération rapide de populations en début de campagne de stockage est sans doute liée à des réservoirs d’insectes dissimulés dans les bâtiments et les circuits de manutention, ou encore à la conservation de lots de reports déjà colonisés.

silo au milieu des champs

On distingue deux catégories d’insectes au stockage des céréales : les insectes primaires et les insectes secondaires. Les premiers ont besoin de grains de céréales entiers pour se nourrir et se développer. Les femelles adultes y déposent directement leurs œufs à l’intérieur (comme le charançon), ou bien c’est la larve qui migre à l’intérieur du grain pour finir son développement jusqu’au stade adulte (cas du capucin). On parle aussi d’insectes à « formes cachées ».

À l’inverse, les insectes secondaires (silvains dentelés, triboliums…), dits « à formes libres », ne peuvent pas s’attaquer à des grains entiers. Ils se nourrissent de brisures, de farine et de poussières végétales.

Lire aussi : « Résultats d'enquête : quelles sont les espèces d'insectes les plus fréquentes dans les silos fermiers ? »

Des insectes inféodés aux grains de céréales

Ces insectes requièrent la présence spécifiquement de graines de céréales pour se nourrir et se reproduire. Des études américaines ont montré que les capucins des grains (R. dominica) peuvent également survivre et se reproduire en présence de glands issus d’une seule espèce de chêne, le Quercus muehlenbergii, présent en Amérique du Nord.

Par ailleurs, la longévité des insectes du silo adultes est relativement courte : généralement quelques mois (tableau 1). C’est insuffisant pour qu’ils puissent attendre au champ la maturité de nouveaux grains d’une année à l’autre, afin de se nourrir et d’installer de nouvelles pontes. D’autant que ces espèces n’entrent pas en diapause durant l’hiver.

Tableau 1 : Durée de vie du stade adulte chez différentes espèces déprédatrices des grains stockés
Tableau 1 : Durée de vie du stade adulte chez différentes espèces déprédatrices des grains stockés
D’après Grain Research & Development Corporation, Australie (2024).

Le silo, un biotope idéal pour se développer

Pour assurer le développement des individus et in fine la croissance d’une population, le seuil minimal de température est de 14°C pour les espèces les plus tolérantes au froid, et de 20°C pour les plus sensibles. La plage de températures optimales est située entre 25 et 33°C (figure 1). Sur le territoire français, la fenêtre temporelle durant laquelle la prolifération de ces espèces serait possible hors du silo est donc restreinte.

Figure 1 : Diagramme de la cinétique de développement des infestations au stockage
Figure 1 : Diagramme de la cinétique de développement des infestations au stockage
D’après Fields, 1992.

Par ailleurs, parcourir de longues distances par le vol est très consommateur en énergie. Les insectes rampants ne volent jamais en-dessous de 20°C, voire 27,5°C pour le charançon du riz (S. oryzae).

Une migration des insectes du silo au champ est-elle possible ?

L’hypothèse d’une migration des insectes du stockage au champ dans les conditions climatiques françaises n’est pas fondée. Des études ont en effet démontré qu’ils n’ont aucune chance de survie au champ. Plusieurs d’entre elles se sont intéressées à la surveillance de ces espèces à l’intérieur mais aussi aux abords d’un site de stockage. Des dispositifs expérimentaux par piégeage ont aussi été conçus afin d’évaluer les distances que ces insectes étaient capables de parcourir en milieu extérieur, selon la proximité avec des silos ou le type de végétation en place (forêt, grandes cultures…).

Quelques espèces du stockage (capucins, triboliums principalement) peuvent être capturées aux abords des silos, uniquement lorsque les conditions sont propices à leur envol (température extérieure supérieure à 26°C dans les études de surveillance indienne et australienne). L’absence de décalage temporel entre les captures observées à l’intérieur et à l’extérieur des silos suivis ne concorde pas avec l’hypothèse d’une migration saisonnière depuis le silo vers le champ, en amont de la récolte.

Aucune chance de survie au champ pour ces insectes dans les conditions climatiques françaises
Aucune chance de survie au champ pour ces insectes dans les conditions climatiques françaises

Bien préparer ses locaux et éviter les reports de stock

Un nettoyage soigné des cellules entre deux campagnes de stockage, des bennes de transport et de la moissonneuse-batteuse (qui s’apparente à un mini silo en cas de grains résiduels) est une étape à ne pas négliger pour réduire au maximum le risque d’infestation de la récolte à venir. Les déchets collectés seront vite évacués du bâtiment (et de ses abords) afin d’éviter une éventuelle migration d’insectes vers les cellules. Compléter ce nettoyage par un traitement insecticide des parois (chimique, poudres minérales ou lâcher de parasitoïdes) est une stratégie adéquate pour obtenir un point zéro qualitatif et éviter un traitement sur grains en cours de stockage.

Lire aussi : « Nettoyer ses installations de stockage, un indispensable pour réduire la pression en insectes »

Le vide sanitaire entre deux campagnes de stockage est déterminant dans le risque d’infestation au stockage
Le vide sanitaire entre deux campagnes de stockage est déterminant dans le risque d’infestation au stockage
Pour en savoir plus, consultez la Lettre Stock@ge n°26 de février 2025.
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