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Hauts-de-France

Céréales : les clés pour piloter les apports d’azote et de soufre

Des conditions plus ensoleillées / séchantes sont de retour, incitant à sortir les épandeurs d’engrais pour les premiers apports d’azote. Avant de fertiliser ses parcelles, il est toutefois nécessaire de bien raisonner le positionnement des épandages. Notamment en tenant compte de la météo et de la dynamique de croissance des plantes.

Epandage d’engrais sur blé en Hauts-de-France en 2025

Des conditions climatiques encore difficiles

A l’inverse du début de campagne 23-24 très en avance, les températures fraîches et l’engorgement en eau des parcelles (associés à des dates de semis globalement tardives en 2024) freinent le développement des céréales : les stades sont dans la normale pluriannuelle, voire légèrement en retard. A ce jour, la majorité des blés sont au stade tallage, même si les derniers semis ou les parcelles ennoyées, végètent et sont plutôt entre 3 feuilles et début tallage. Le stade épi 1 cm est pour le moment prévu entre fin mars et début/mi avril. On revient donc sur un calendrier « plutôt classique » pour les apports d’azote.

En parallèle, il pleut encore cet automne/hiver (entre 250 et 450 mm) mais les cumuls restent légèrement excédentaires à la moyenne pluriannuelle. On est loin de la situation de l’an dernier ! Pourtant, on a bien une impression d’excès d’humidité en région liée à divers facteurs :

  • Un été - et en particulier un mois de septembre - très arrosé, ce qui a très tôt saturé les sols ;
  • Des sols matraqués qui ne permettent plus l’infiltration, après 18 mois d’excès d’eau, de semis et/ou de récoltes dans de mauvaises conditions, et une absence de fenêtres de restructurations ;
  • Des retours fréquents de fortes pluies, dès l’automne, qui ont refermé les sols et qui, régulièrement, les saturent à nouveau ;
  • Un manque chronique d’ensoleillement qui empêche les sols de resécher.

Ainsi, l’eau peut peiner à s’infiltrer et reste accumulée dans l’horizon de surface. Dans ces conditions d’hypoxie, voire d’anoxie, les cultures peinent. Ce stress hivernal doit bien être pris en compte pour décider des interventions (fertilisation azotée et soufrée…).

Carte 1 : Cumuls de pluie (mm) du 1/10/2024 au 15/02/2025 en Hauts-de-France
Carte 1 : Cumuls de pluie (mm) du 1/10/2024 au 15/02/2025 en Hauts-de-France

Comment raisonner les apports d’azote ?

Afin d’optimiser la fertilisation azotée, l’idée principale est d’apporter « la bonne dose au bon moment » afin qu’un maximum des unités d’azote apportées soient valorisées par la culture. Au tallage, le facteur principal de la valorisation est la vitesse de croissance de la culture (conditions poussantes avec des températures douces) : une culture qui « ne pousse pas » n’absorbe pas ! La date de premier apport d’azote se raisonne donc selon la reprise de croissance de la culture en sortie hiver.

Cette année, la lixiviation est plus élevée et on s’attend à moins de minéralisation qu’en 23-24 en raison des températures fraîches. De plus, les blés sont fréquemment stressés par l’excès d’humidité dans les parcelles. L’impasse à tallage sera donc plus difficile et sera à réserver aux parcelles semées tôt, bien implantées (bon enracinement) et bien développées, et dont le reliquat sortie hiver (RSF) est élevé.

Plusieurs situations se présentent :

  • Pour les semis d’octobre à mi-novembre actuellement au stade tallage, on peut déclencher un apport d’azote (pas plus de 40 unités) dès que les conditions le permettent, en gardant en tête qu’à ce stade les besoins de la culture restent assez faibles.
    Cet apport est d’autant plus nécessaire pour les parcelles implantées dans de mauvaises conditions et mal enracinées.
  • Pour les semis précoces, si les parcelles et les biomasses sont belles et si les reliquats sont élevés, on peut se permettre d’attendre pour réaliser le premier apport.
  • Les semis tardifs nécessiteront un apport à tallage également mais ne sont pas encore au stade : il faut attendre.

Dans tous les cas, les besoins des blés à ce stade restent assez faibles, l’enjeu pour couvrir les besoins jusqu’au deuxième apport au stade épi 1 cm s’élève à environ 40 kg N/ha, voire 60 kg N/ha dans des cas de mauvais enracinement et de reliquats très faibles.

Rappel des besoins en azote des variétés de blé actualisés en 2025 pour calculer les doses totales d’azote
Blé tendre : les besoins en azote des variétés réactualisés

Apporter davantage au premier apport, c’est courir le risque que ces unités supplémentaires ne soient pas absorbées tout de suite par la culture et soient ensuite lessivées par les pluies suivantes ou organisées dans le sol. Il faut noter que le coefficient apparent d’utilisation de l’azote (CAU) au stade tallage n’est que de 60 %. Cela signifie qu’en moyenne, seules 60 % des unités du premier apport seront réellement valorisées. Le CAU au stade épi 1 cm ou dernière feuille étant plus élevé, autant conserver des unités pour les apporter plus tard.

Contrairement à certaines idées reçues un fort apport azoté au stade tallage ne permettra pas de faire redémarrer la culture plus vite et ne favorisera pas non plus l’émission des talles supplémentaires. De plus, au cours de la montaison, naturellement, plusieurs talles régresseront et ne monteront jamais à épi. Il est donc inutile d’entretenir un tallage fort en début de cycle, particulièrement sur des variétés récentes qui construisent leur rendement principalement sur les composantes de fertilité épi et de PMG.

Des trombes d’eau sur janvier : réactualiser les mesures de reliquats dans le calcul de la dose du bilan
La pluviométrie de l’hiver a pu faire migrer une partie de l’azote minéralisé en novembre-décembre en profondeur. Cet azote n’est actuellement pas accessible aux racines, notamment pour les semis tardifs. Les pluies intenses de janvier ont fortement accentué cette tendance. Ainsi, il faut réajuster les valeurs mesurées par analyse si le prélèvement de terre a été réalisé tôt courant janvier.
Le site du Comifer propose des abaques pour permettre cet ajustement :
Comment ajuster la valeur du poste Ri en fonction des précipitations après le prélèvement d’échantillon de sol ?

Ne pas négliger les apports en soufre cette année encore

Les cumuls de l’hiver (entre 250 et + de 400 mm sur la région) entraînent un risque de carence en soufre élevé puisque cet élément est très sensible à la lixiviation. La perte de rendement due à une carence en soufre peut être de 2 à 10 q/ha dans le cas d’une déficience modérée mais peut aller jusqu’à 20-30 q/ha dans les cas les plus graves, via la baisse du nombre d’épis et parfois leur fertilité. Le risque est donc accru dans les sols sensibles au lessivage et à faible minéralisation (argilo-calcaires superficiels, sols sableux et sols limoneux pauvres en matières organiques). 

Afin d’anticiper ce risque de carence, la meilleure période d’apport se situe entre fin tallage et tout début montaison. Après ce stade et en cas de carence sévère, le rattrapage ne sera pas complet (70 % des besoins en soufre sont déjà absorbés au stade 2 nœud).

Pour reconnaître une carence en soufre : rendez-vous sur la fiche accidents soufre

Les grilles de préconisations ARVALIS permettent d’estimer les situations à risque en fonction du type de sol, des niveaux de pluviométrie atteints entre le 1er octobre et le 1er mars (tableaux 1 et 2) et du potentiel de rendement. En cas d’apports réguliers de produits organiques (fumiers, composts…), qui contiennent du soufre, le risque de carence est moins élevé. 

Tableau 1 : Apport conseillé en soufre sur céréales à paille - Sans apport régulier de PRO - ARVALIS  (pour un objectif de rendement de 70 ou 100 q/ha)
Tableau 1 : Apport conseillé en soufre sur céréales à paille - Sans apport régulier de PRO - ARVALIS  (pour un objectif de rendement de 70 ou 100 q/ha)
Tableau 2 : Apport conseillé en soufre sur céréales à paille - avec apport régulier de PRO - ARVALIS (pour un objectif de rendement de 70 ou 100 q/ha)
Tableau 2 : Apport conseillé en soufre sur céréales à paille - avec apport régulier de PRO - ARVALIS (pour un objectif de rendement de 70 ou 100 q/ha)

Si la dose de soufre calculée est importante (50 à 60 unités) et selon le type d’engrais choisi, l’apport peut être décalé à épi 1 cm pour ne pas engendrer une dose d’azote trop importante au tallage. Dans ce cas, l’apport azoté au tallage peut se faire sous forme d’ammonitrate. Il est également possible d’apporter de l’azote soufré au premier et au second apport (raisonner alors selon la dose d’azote).

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